Parfums, animalité et sortilèges

 » Il y a une évidence du parfum qui est plus convaincante que les mots, que l’apparence visuelle, que le sentiment et que la volonté. L’évidence du parfum possède une conviction irrésistible, elle pénètre en nous comme dans nos poumons l’air que nous respirons, elle nous emplit, nous remplit complètement, il n’y a pas moyen de se défendre contre elle. » Le Parfum, Patrick Süskind

le parfum

Qui n’a pas en effet d’instinct le désir d’aller plonger son nez au coeur d’une fleur, gage d’enivrement et de cadeau sensuel ? Le parfum à lui seul, puis en association avec la forme et la couleur, est la promesse d’un voyage qui va loin et convoque en nous une bonne dose d’animalité. Aussi, sans posséder les talents de Grenouille, pourquoi ne pas concevoir son jardin comme un doux piège olfactif, comme une ivresse à partager, comme un parcours évocateur et émotionnel en même temps qu’un large choix de nectars pour nos petits pollinisateurs ?

En composant habilement des partitions allant de notes plus subtiles à d’autres plus puissantes, en des points stratégiques comme le long d’une allée, autour de la maison ou dans un contexte isolé qui se suffit à lui-même, le jardin résonnerait telle une symphonie « pastorale » , capturant ses promeneurs à force d’enchantement et ne leur laissant d’autre choix qu’une dérive hédoniste. Comme dit la chanson : comment ne pas perdre la tête … ?
Car ce qu’il faut savoir, c’est que si notre odorat n’est rien comparé à celui des bêtes, les parfums ont malgré tout sur nous une redoutable emprise grâce à leur résistance dans un recoin de notre mémoire et donc à leur force de rappeler à tout instant le souvenir.
Et cela a pour nom  » le syndrome de Proust « , en référence à l’épisode de la madeleine dans À la recherche du temps perdu, qu’explique un spécialiste :  » Notre acuité olfactive est moins puissante que celle de la vue ou de l’ouïe. Aussi, pour mémoriser une senteur, on utilisera d’une part nos émotions et d’autre part on conservera le contexte dans lequel cette odeur aura été sentie. Quand on la percevra plus tard, tout le cadre dans lequel on l’avait initialement connue ressurgira d’un bloc, émotions comprises.  »
Pouvoir suprême qui fera mouche à tous les coups et contre lequel l’esprit affiche seulement sa nullité.

madeleine proust

Ainsi, le jardin s’habille d’une nouvelle fonction, celle de Mémorial.
Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire: qu’elles soient sucrées, épicées, fruitées, capiteuses ou empruntes de fraîcheur, et même si vous y entremêlez vos dernières découvertes, inconsciemment vous ne pourrez éviter d’ orienter votre choix vers des effluves ayant fait chavirer votre coeur dans le passé. Notez à cet effet que les noms botaniques comportant les mots « fragrans », « fragrantissimus, « odoratissimus », « odoratus », « odorus », « odoriferus », « suavolens » (suave) ou « temulentus », « temulus » (enivrant) signalent des plantes odorantes.

Chez moi, les sortilèges n’en sont évidemment qu’à leurs balbutiements même si le champs tend à disparaître au profit du jardin. En guise d’élixir pour embaumer la terrasse, j’avais dans un premier temps marié lavandes et plantes aromatiques mais ces dernières déchantant sous le climat normand ont dû chercher exil sur une butte drainante du côté du potager. Aussi, je leur ai trouvé comme remplaçantes, non odorantes mais apportant un bel effet pictural, des spirées au feuillage étonnant ainsi qu’en place centrale une sauge ananas, qui ,elle , supporte bizarrement les bains de pieds.

plantes terrasse

Puis, au bal des senteurs, on rencontrera aussi dans une haie les lilas, genêts et forsythias qui ont bercés mon enfance ainsi que des buddléias, découverts eux lors de mon épisode sud-ouest de la France. En massif , serpentine ou ligne droite, quelques lys, pivoines arbustives, ceanothes, dianthus, thym citron, rhododendrons, skimmias et biensûr rosiers. Enfin, en isolé, un magnolia, les indispensables fruitiers , lauriers sauce, cyprès et une découverte: le pittosporum tobira  qui promet des merveilles.

« Car les Hommes pouvaient fermer les yeux devant la grandeur, devant l’horreur, devant la beauté, et ils pouvaient ne pas prêter l’oreille à des mélodies ou a des paroles enjôleuses. Mais ils ne pouvaient se soustraire à l’odeur. Car l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les Hommes en même temps que celle-ci; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait directement en eux jusqu’à leur cœur, et elle y décidait catégoriquement de l’inclinaison et du mépris, du dégoût et du désir, de l’amour et de la haine. Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le cœur des Hommes ». Le Parfum de Patrick Süskind

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