Rituel au déambulatoire

moine bure

Personne ne pourra nier qu’on ne voit plus vraiment ce qui est tous les jours sous nos yeux, l’habitude anesthésiant l’attention. Pourtant, il se trouve qu’on pourrait y gagner une certaine forme de connaissance et qu’une petite dose de rituel avec la perception en éveil nous ouvrirait quelques portes … Comme un cheval qui marque par les cent pas le tour de ronde de son enclos,  j’ai découvert aimer déambuler régulièrement, voire presque quotidiennement, le long des bordures de mon jardin, puis d’un point à un autre comme si j’avais en tête de réaliser physiquement un tableau en fils tendus autour de clous. Le but premier étant de constater, ou pas, l’avancement de plantations ou le bon choix de certaines harmonies ou de certains emplacements , il s’est vite révélé que ces petits rituels au grand air étaient la clé de réponses inattendues …

Tel un moine méditatif arpentant les allées de son cloître, j’ai d’abord pu faire connaissance avec le sol du jardin d’une manière très intuitive et sensuelle puisqu’il m’a suffit de ressentir plus ou moins de souplesse, de tendresse sous mes pieds selon les endroits que je parcourais. Et alors que j’avais laissé en suspens pendant un temps la question de créer un potager, il m’est soudainement apparu évident que cette longue bande orientée sud qui avait toutes les vertus d’un relaxant massage plantaire comblerait également tous les besoins nourriciers et en légèreté des  fruits et légumes à venir. Et ceci s’avéra exact quand,  commençant à bêcher ce qui devait devenir des carrés en hommage à ma méthode monastique, je fus mise en présence d’un riche tapis herbeux mais juste en surface et qui cachait la terre la plus meuble qui soit grâce à ses nombreux habitants invertébrés : j’avais mon oasis !!! Comme quoi, il n’est pas toujours nécessaire de faire une étude géologique et qu’un brin de sensibilité peut aider à habiller un jardin …

terre potager

Mais mes petits pas répétitifs ne m’ont ensuite pas laissée en reste. Puisque le jardin est une expérience de tous les sens, j’en ai aussi pris « plein la vue ». A force de zigzags et de coups d’oeil, dans ces légères errances sans demande ou attente, les différents reliefs  ont affirmé leur caractère, les besoins en couleur m’ont interpellée, les places abandonnées ou trop vides ont suscité ma compassion puis chatouillé mon imagination, la lumière m’a montré tous ses tours du nord au sud et d’est en ouest et comment jouer avec elle, certaines lignes d’horizon ont prouvé qu’elles méritaient d’être ciblées à travers une « fenêtre » contemporaine par exemple ou au contraire mises en exergue par une absence de végétation élevée …

fenetre andy goldsworthy

En remettant à chaque fois le compteur des sensations à zéro, j’ai capté les couloirs du vent dommageables pour certaines espèces, j’ai compris les endroits trop sombres et trop humides même pour des hortensias, j’ai choisi de ne pas intervenir sur la partie sauvage quand elle pouvait être mon alliée, j’ai rêvé de créer une euphorie olfactive en certains passages stratégiques, ce « luxe de l’air » comme l’a dit Germaine de Staël, et j’ai pu réalimenter mon imaginaire grâce à cet univers musical ou de chuchotements offert par les differents oiseaux ,rapaces, ou abeilles, les souffles « organiques » d’une brise ou les murmures de la pluie … Cela a enfin déclenché en moi une forte envie de mettre plus fort en valeur chaque saison afin de pouvoir chanter le charme de chacune dans ce modeste microcosme naturel.

Et puis n’oublions pas ces fameux petits mondes dont j’avais parlés précédemment, sans lesquels je ne peux imaginer un jardin, et qui prennent forme peu à peu: l’arbre à palabre qu’est devenue l’aubépine, l’aire zen propre à la concentration dans le sport ou la méditation, le kiosque à musique dans une version revisitée que j’espère réaliser au printemps autour d’une vigne et dans une ambiance romaine … Peut-être également une idée à développer autour du « Gros Horloge » en référence à celui de Rouen et Proust  y apportant sûrement son grain …

Mais nous n’y sommes pas encore et je repars de ce pas au déambulatoire combler un manque : j’espère des révélations sur l’éphémère et le règne des fleurs annuelles qui permettent des mises en scène explosives en leur saison mais pourtant avec lesquelles je ne sais pas du tout m’y prendre …

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