Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ou tragi-comédie en 3 actes au jardin

Quand le champ originel a dû changer de robe pour enfiler celle de jardin d’agrément, la consécration officielle s’est matérialisée dans le geste symbolique de la 1ère plantation. Et comme quand on arrive quelque part , il m’a semblé qu’avant tout le reste, l’accueil est primordial pour soi aussi bien que pour les hôtes, mes instincts naissants de jardinière ont jeté leur dévolu sur une bande attenante au mur d’entrée de la maison. Exposée au nord, aucun doute n’a eu le temps d’ entraver le passage à l’action puisque j’avais gardé dans une case « coup de foudre » de ma mémoire une variété d’hortensia découverte dans le sud-ouest où elle avait pour fonction d’ornementer le pourtour de la piscine municipale ! Autre argument en faveur de ce choix de plantes, les bouquets séchés qu’on peut en obtenir embellissent nos intérieurs pendant les saisons sans lumière et se révèlent inépuisables ! Aussi, en 2 temps 3 mouvements, me voilà donc revenir avec une huitaine de ces beautés longtemps enviées maintenant en ma possession et futures promesses de regards extasiés par leur exhibition de proximité. Fin du 1er acte ou scène d’exposition version conte de fée …

 

 

Mais puisqu’il n’existe pas d’histoire sans noeud dramatique ou péripétie, passons à l’acte 2 qui apportera comme il se doit sa dose de désenchantement. Ce qui aurait pu rivaliser avec une spendide toile de maître impressionniste et que j’imaginais déjà dans un devenir explosif de nuances a décidé de bouder sa condition et d’entamer une grève de la végétation ! A qui revient la faute ? A une terre hostile, gardienne avare d’une hydrométrie en excès et collectionneuse maladive de silex accentuant ainsi le climat déjà compliqué de l’exposition nordique ? A un apport trop modeste de ce terreau forestier au parfum ô combien enivrant dont raffolent les hortensias et qui fait qu’elles ne se seraient pas senties bienvenues ? Le temps et la patience étant des outils nécessaires à la panoplie de jardinier, j’ai ravalé ma déception et rechargé à bloc la batterie des espoirs et des regards confiants pendant une nouvelle saison …  pour finalement établir un constat encore à la baisse. Sur les 8 pieds, 6 ont ou bien rendu leur dernier souffle, ou bien n’ont plus fleuri, ou pire encore ont pris un aspect tout rabougri comme s’ils s’étaient complètement repliés sur eux-mêmes et avaient entamé une grosse crise de déprime … Fin de l’acte en me disant que je me dois de faire quelque chose, que je n’ai pas le droit de les laisser dans cet état, tant pis pour mes rêves picturaux: je décide de les déplanter pour qu’ils puissent tenter leur chance dans un nouveau monde … qui sera le jardin zen et sportif dédié à ma fille, c’est-à-dire au pays de l’Est !

Acte 3. Si on souhaite rester dans le classique, c’est ici que se prépare normalement le dénouement mais puisque sans le faire exprès, ma vie ne reste jamais trop longtemps dans les rails, la suite conservera une forme d’ouverture. Les belles mal en point viennent donc dès lors essayer de reprendre leur souffle aux côtés de leurs cousines de terre de bruyère déjà en place que sont les rhododendrons, les azalées et les skimmias. Espérons que l’émulation et le soutien de la famille ainsi que la mise en lumière du soleil levant leur redonneront envie de recouvrer le devant de la scène (même si malchanceuses encore dans les 1ers temps de leur emménagement, elles ont dû essuyer un méchant coup de gel !). Mais tournons maintenant les projecteurs vers la plate-bande délaissée. Un hortensia y trône encore, le seul qui se soit senti bien dans ses baskets et  unique symbole d’une harmonie révolue dans la petite parcelle restée pour le reste totalement en friche. Pourquoi ? Parce que j’ai imaginé toutes sortes de doublures à la hauteur de leurs prédecesseurs mais qu’à la suite de demandes d’avis à des « spécialistes », j’ai été obligée de rayer de la liste jusqu’au dernier, convaincue alors qu’ aucune espèce ne parviendrait à écrire une fin heureuse à cet emplacement … La tragédie de l’abandon me guettait jusqu’à ce que … un nouveau rebondissement surgisse avec la lecture de Gilles Clément dont voici un extrait:

Quelle riche idée ! Mes espoirs et la curiosité se raniment et même Mallarmé vient à la rescousse : puisqu’ on sait qu’un coup de dés jamais n’abolira le hasard, le sentiment d’omnipotence du jardinier va laisser place à l’observation et aux « didascalies » de la nature en mouvement. Et, après quelques lunes, en effet l’histoire semble avoir retrouvé le chemin de l’écriture en ayant fait germer dans ce sol complexe une belle fougère (même si c’est étrange car la plante aime normalement les terres légères des sous-bois) ainsi qu’une pousse de ce qui semble être un groseiller comme ceux qui siègent à 5m en face … mais au soleil .

Comme quoi vous voyez que les vérités absolues ne demandent qu’à être remises en question et que la nature trouve toujours des solutions …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s